Quimperlé Véronique Sacré lutte contre l'excision

Le 9 mars, lendemain de la Journée de la femme, partira de Quimperlé une marche contre l’excision vers Angers. À la tête de ce périple de 400 km : Véronique Sacré.

Dernière mise à jour : 28/02/2013 à 13:43

Véronique Sacré a exercé comme infirmière, professeure de yoga. Aujourd’hui, elle déploie toute son énergie avec Marche en corps.
Véronique Sacré a exercé comme infirmière, professeure de yoga. Aujourd’hui, elle déploie toute son énergie avec Marche en corps.

Avec sa petite équipe, Véronique Sacré finalise les derniers détails. « J’espère que nous parviendrons à avoir une montgolfière pour le départ, le 9 mars. Nous essayons aussi d’avoir un maximum de personnes sur cette première étape de 20 km vers Quéven. » Voilà des mois que cette Quimperloise organise cette marche contre l’excision entre Quimperlé et Angers, deux villes jumelées avec Nara et Bamako au Mali. « Je reconnais que c’est une idée un peu folle, un projet colossal », confie-t-elle non sans malice.
Cette marche est avant tout née d’une rencontre. Celle de Véronique Sacré avec des Maliennes en 2004. À l’époque, son mari vient de monter un comité de jumelage avec Nara, au Mali. « Au début, je ne voulais pas trop m’en occuper. Je ne voulais pas faire de l’humanitaire car je considère que cela induit un rapport de domination, d’assistance… Et puis, j’ai vu la transformation de mon mari et je me suis décidée à l’accompagner. » L’Afrique est une véritable révélation pour Véronique Sacré. « Je suis tombée en amour de ce continent. J’ai aussi eu la sensation de découvrir ma féminité au contact des Africaines. »
Deux ans plus tard, une délégation de quatre Narois se rend à Quimperlé. Une Naroise demande alors à Véronique Sacré de l’aider à combattre l’excision. « Ca m’a fait l’effet d’un coup de poignard dans le bas-ventre. » Cette violence perpétrée contre les femmes africaines la renvoie aux combats des femmes occidentales, à son histoire familiale.
Cette mère de trois enfants se renseigne et découvre la réalité de l’excision. À travers le monde, 140 millions de femmes seraient victimes de cette mutilation qui recouvre plusieurs formes : ablation du clitoris et des petites lèvres, ablation et fermeture des grandes lèvres. 3 millions de fillettes seraient excisées chaque année. 28 pays africains pratiquent l’excision. Plus de 85 % des femmes seraient victimes en Égypte, Éthiopie, Érythrée, Guinée, Mali, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Djibouti. « Cela dépend beaucoup des ethnies, explique Véronique Sacré. Les arguments sont de divers ordres : hygiénistes (les femmes seraient plus pures et fidèles), religieux, initiatiques… »
Cette pratique remonterait à l’Antiquité, soit avant la naissance des religions. Elle est donc profondément ancrée dans la tradition. « Il est  extrêmement difficile de refuser l’excision. C’est aller à l’encontre de la communauté, c’est prendre le risque de s’exclure », décrit Véronique Sacré. L’interdiction prise dans certains pays africains ne fait que peu reculer l’excision. Seule solution pour faire disparaître cette pratique : informer, sensibiliser les femmes mais aussi les chefs de village, les professionnels de santé, les exciseuses… C’est l’une des premières actions initiées par la commission femmes du Comité de jumelage Quimperlé-Nara.
Depuis un an, le petit groupe a créé une association distincte du comité de jumelage : Marche en corps. Véronique Sacré en est la présidente. Toute son énergie est aujourd’hui déployée pour l’organisation de la marche entre Quimperlé et Angers. « À l’origine, je voulais fait une marche entre Nara et Bamako, 400 km. Mais, les femmes m’ont dit qu’elles ne pourraient jamais s’absenter aussi longtemps. » Du coup, l’association a décidé de commencer par une marche sur le sol français. 29 étapes (de 15 km en moyenne) sont programmées. Des chants, des échanges dans les villes traversées rythmeront cette marche. Des vidéos seront réalisées tout au long des 400 km. Véronique Sacré envisage de faire une marche similaire en fin d‘année ou en 2014 au Mali.
« C’est un combat peu commun que celui livré par Véronique Sacré, note Annaïck Morvan, chargée de mission aux droits des femmes dans le Finistère. Elle a su fédérer les forces vives locales et même bien au-delà. » La Quimperloise espère que cette marche fera boule de neige et fédérera de nouveaux partenaires. « Nous n’avons pas la prétention de donner des leçons de morale aux Africaines, surtout pas, tient à préciser cette infirmière et ex-professeure de yoga. Nous aussi nous avons beaucoup de progrès à faire dans d’autres domaines. »

Adèle Morlet

Quimperlé, 29

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