Les cours du beurre ont flambé ces derniers mois: la pénurie guette

Augmentation de la demande, stagnation de l'offre. Les cours du beurre se sont envolés fin 2016 pour atteindre des records. Les biscuiteries font grise mine.

09/02/2017 à 11:34 par Administrateur

En novembre et décembre2016, la coopérative Laïta a rencontré des difficultés à approvisionner les grandes surfaces.  -
En novembre et décembre2016, la coopérative Laïta a rencontré des difficultés à approvisionner les grandes surfaces. -

Par Matthieu Gain

Les galettes et autres palets bretons risquent d’être difficiles à gérer. Pour leurs fabricants et les consommateurs. En cause : le prix du beurre qui ne cesse d’augmenter. FranceAgriMer, l’établissement national pour les produits de l’agriculture et de la mer, estime la hausse à 45 % au cours de l’année 2016.

4 500 euros la tonne

Même tendance, début 2017. « Dans le courant du mois de janvier, le prix de la tonne de beurre s’élevait à 4 500 euros contre 2 000 l’an passé. C’est du jamais vu ! », réagit André Sergent, le président de la chambre d’agriculture du Finistère et producteur de lait dans le Cap-Sizun. Même s’ils restent discrets sur le sujet, biscuiteries et industriels s’inquiètent de voir leurs coûts de production s’envoler. Pire, le risque de pénurie est une réalité. « Même s’ils acceptent de payer 4 500 euros la tonne, ils craignent qu’il n’y en ait pas pour tout le monde. » La demande est désormais mondiale et les capacités de production, limitées.

Le consommateur n’est pas non plus à l’abri. « En novembre et décembre 2016, nous n’avons pas pu honorer toutes nos commandes auprès des grandes surfaces. Sur ces deux mois, nous estimons avoir perdu environ 2 % de nos ventes annuelles », confie Marie-Paule Pouliquen, directrice marketing de la marque Paysan breton au sein de la coopérative Laïta.

Chute de la production

Pour rappel, Paysan breton se revendique numéro 2 du beurre en France, avec 47 % de parts de marché. « Pour nous, l’année écoulée a été très compliquée », glisse Marie-Paule Pouliquen. Le transformateur finistérien a dû faire face à la chute de la production de lait, marquée par une collecte en repli de 1,5 %. « La disparition des quotas, en 2015, a provoqué une explosion de la production et par ricochet, un effondrement des cours. L’Union européenne a donc incité les éleveurs à réduire leur production », observe Marie-Paule Pouliquen.

Le phénomène se vérifie par les chiffres fournis par FranceAgriMer. En Bretagne, la production laitière a dépassé les 5,4 milliards de litres en 2015 contre 4,8 milliards, de janvier à novembre 2016. André Sergent, le président de la chambre d’agriculture du Finistère, va plus loin. « Ces 15 ou 20 dernières années, les éleveurs n’avaient pas non plus d’intérêt à s’orienter vers une production riche en matière grasse. Notre lait en contient 38 %. Il y a la possibilité d’aller au-delà mais l’incitation financière à le faire n’est pas intéressante. »

Spéculation ?

Vu le renversement du contexte économique et la valeur prise par le beurre, y a-t-il la tentation de changer son fusil d’épaule ? André Sergent répond : « Nous ne pouvons pas modifier notre cap, du jour au lendemain. Cela supposerait d’agir sur la génétique du cheptel ou sur l’alimentation de nos animaux. Or, entre-temps, il risquerait d’y avoir trop de beurre sur le marché. »

L’élu reste donc prudent. D’autant que le soupçon d’un phénomène de spéculation entoure aussi l’envolée des cours du beurre. Face à la volatilité des marchés, André Sergent s’interroge. « Au moment de la fin des quotas laitiers, la profession agricole n’a pas souhaité aligner les prix de ses produits sur les marchés mais a opté pour un système de lissage. Ce qui explique que le prix moyen du lait, l’an dernier, est resté à hauteur de 301 euros pour 1 000 litres. » En Europe, les agriculteurs des pays voisins ont sans doute bénéficié de l’effet d’aubaine. Mais pour combien de temps ?

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